Les sombres mystères qu'abritent les manoirs anglais...
Rebecca est grande, mince, jeune, belle, brillante, élégante, avenante, richissime et… morte. Difficile de lutter contre un souvenir, si envahissant que l’on ne saura rien de la narratrice qui l’affronte quotidiennement, à part qu’elles portent toutes les deux le même patronyme.
Rebecca, de Daphné du Maurier, est un tel classique de la littérature mondiale qu’Alfred Hitchcock en a fait un film, imité par Netflix quelques décennies plus tard. Deux protagonistes se détachent dans cette histoire : Rebecca, donc, qu’on ne croisera jamais puisqu’elle a disparu un an avant le début du récit, et Manderley, le somptueux manoir anglais typique des romans d’Agatha Christie, magnifique et tellement impersonnel, confortable et glacial, hanté par les serviteurs et la mélancolie.
Si vous avez aimé « Downton Abbey », bien entendu ce roman est fait pour vous : du majordome à la femme de charge, en comptant bien entendu l’intrigante intendante (jouée par Kristin Scott Thomas dans la version de Netflix), des longues promenades dans la roseraie, de l’oisiveté presque morbide et de la pesante inactivité, des codes sociaux, des chiens et des chevaux, vous reconnaîtrez tout de ce monde où le simple fait de naître donnait accès à tous les privilèges ou les interdisait à jamais.
Mais l’ambiance, gothique, sombre, oppressante, fait tout l’intérêt de ce livre pendant les deux tiers duquel il ne se passe pourtant rien. Daphné du Maurier tient magistralement ses lecteurs, et une simple porte ouverte sur le sombre couloir de l’aile ouest vous donnera la chair de poule. Quelque chose se promène entre les pages de ce roman… jalousie, vengeance, amour, absence ? Le dénouement est assez inattendu pour que vous ayez l’interdiction ABSOLUE de sauter des pages « pour savoir ce qui se passe » - ne gâchez pas votre plaisir !
Un vieux livre à retrouver dans la bibliothèque de votre grand-mère, dans votre médiathèque de quartier, ou chez votre libraire préféré.