Les sept arts libéraux

Les septs arts libéraux: apprendre, enseigner et aimer au XVème siècle

En lisant le merveilleux (et ancien) ouvrage de Régine Pernoud sur Héloïse et Abélard, le couple dont les amours illégitimes ont défrayé la chronique des bords de Seine au début du 15ème siècle, j’ai découvert sous sa plume la vie chamarrée et inattendue de l’université de Paris, qui se dispute avec celle de Bologne (en Italie) l’honneur d’avoir été la première au monde.

 Permettez-moi avant tout de vous rappeler en quelques mots cette belle histoire d’amour…

Enluminure du Roman de la RoseEnluminure du Roman de la Rose

A l’aube de notre récit, Abélard est un clerc de 32 ans. Clerc, c’est-à-dire personnel ecclésiastique dont le travail consistait à réfléchir, étudier et enseigner la théologie. Les lettres qu’il nous a laissées nous présentent un personnage brillant, charismatique et quelque peu arrogant. Venu de Bretagne, il décide après avoir étudié dans toute la France de venir tenter sa chance à Paris pour y devenir professeur d’université. Là, son regard croise la plus belle fille de l’Ile de la Cité (et probablement la seule, tant l’endroit était principalement fréquenté par des gens d’église) : Héloïse, remarquable tant par sa beauté que pour son incroyable intelligence et l’éducation raffinée que son esprit ardent a réclamé et, privilège rare à l’époque pour une fille, obtenu.

Ile de la Cité au XVème siècleIle de la Cité au XVème siècle

Abélard, de plus de treize ans son aîné, se porte volontaire pour parfaire son éducation… lorsque l’oncle de la jeune fille découvre les amants, il chasse Abélard et le couvre de honte, mais la jeune fille est enceinte : les amoureux s’enfuient en Bretagne, le temps pour Héloïse de donner naissance à son fils Pierre Astralabe. Le couple revient à Paris, se marie en secret, mais cela ne suffit pas à calmer la colère de l’oncle qui se sent toujours trahi et se vengera en faisant châtrer Abélard. Celui-ci exigera de sa jeune épouse qu’elle renonce au monde et devienne moniale, ce qu’elle accepte sans mot dire : elle a à peine vingt ans. Au fil des ans et des rebondissements de leurs existences respectives, Héloïse et Abélard brilleront au firmament de la vie intellectuelle de leur temps.

Gisants d'Héloïse et Abélard au cimetière du Père Lachaise, ParisGisants d'Héloïse et Abélard au cimetière du Père Lachaise, Paris

Mais en quoi consistait, exactement, l’éducation reçue par Abélard et Héloïse, et les cours dispensés à l’université de Paris ? L’objectif principal du parcours était de former des êtres libres dotés d’esprit critique, capables d’exprimer une opinion construite et de la défendre. Pour ceci, l’école du Moyen Age s’articulait autour de sept matières différentes et complémentaires : les sept arts libéraux. Ceux-ci étaient divisés en deux catégories principales, le trivium et le quadrivium.

Les arts libéraux inférieurs, ou trivium, développaient les compétences de communication et de raisonnement:

  1. La grammaire : étude des règles et structures du langage.

  2. La logique (ou dialectique) : art de penser de manière cohérente et d'argumenter.

  3. La rhétorique : art de persuader et de communiquer efficacement.

Les arts libéraux supérieurs, ou quadrivium, rassemblaient les compétences mathématiques et scientifiques:

4. L’ arithmétique : étude des nombres et des opérations mathématiques fondamentales.

  1. La géométrie : étude des formes et des propriétés de l'espace.

  2. La musique : étude des proportions et des structures musicales.

  3. L’ astronomie : étude des mouvements des corps célestes.

Il était ainsi fréquent pour les mathématiciens d’être aussi de grands musiciens et d’excellents astronomes: dans l’école du Moyen-Age, ces disciplines étaient très liées les unes aux autres!

L’ensemble compose un programme complet sensé structurer l’esprit de l’Homme, mais le sépare clairement de la nature - aucune mention ici de biologie, de sciences ou de médecine. Point de théologie non plus, non par souci de laïcité, mais peut-être parce qu’elle faisait déjà intimement partie de la formation initiale de tous les étudiants.

Intéressant n’est-ce pas de voir comment l’école et l’université ont évolué au cours des siècles?

Au coeur des familles apprenantes - Editions des Petits Pas

Par Editions des Petits Pas